samedi, mars 28, 2015

Les frères Deriaz



En somme, ce qu'on tente de faire est un éternel bégaiement, donc je vais m'efforcer avant d'y renoncer, de remettre à jour quelques fils qui suscitent encore mon intérêt, de nouveaux documents apparaissant ça où là...article d'origine: http://fredsmuseum.blogspot.fr/2012/05/hercules-forains-les-deriaz-le-salon-de.html

Les Deriaz

Comme dans la cantate de Prokofiev, Sept, ils sont Sept. Non pas à considérer que cela ait eu une quelconque influence sur l’œuvre musicale, qui date de 1917, mais le texte de Balmont, plusieurs fois transcrit et traduit de l'inscription déchiffrée par Winkler?
Enfin, je suppose que je parlerais de tout ça ailleurs, qui n'intéresse pas les rares clients (lurkers?) de ce blog.

Donc, -Sept d'un coup- ça ne vous rappelle pas non plus l'histoire du petit tailleur?- les frères Deriaz étaient sept... Mais qui au fait? quand aucune généalogie ne permet d'en avoir la certitude.

Suisses vaudois, les Deriaz de Baulmes semblent avoir accompagné la création de la lutte française, dans sa renaissance des années 1905, comme aucun autre athlète avant les années 20: ils se sont trouvés à un carrefour de l'histoire du sport, et de l'influence du sport sur l'art qui n'a pas de parallèle avec les temps modernes. Leur histoire reste méconnue, et seule pour l"instant la recherche iconographique et l’échafaudage d'hypothèses plus ou moins farfelues peut apporter un éclairage sur le rôle déterminant qu'ils jouèrent dans les années où les activités qu'ils pratiquaient allaient devenir des composantes de notre vision de la liaison entre la culture physique et la peinture ou la littérature, voire de la musique et de ce que d'autres créeront plus tard, restaurant un lien social entre les classes qui permettra à d'autres de se faire applaudir dans les arènes du nouveau monde, mais aussi de penser et de construire au-delà du spectacle.


D'après le répertoire -aidé par le legs Soury-, je déduis que les sept frères étaient: Ulysse, Emile, Maurice, Adrien, Jules, Octave, il en manque un! Voyons ce qu'il en est des six qui restent:

Ulysse

Visiblement l'aîné de la fratrie.
On le voit représenté comme l'un des membres du "cirque de jiu-jitsu" de Baulmes, ce qui laisse à penser que la carte est forcément postérieures à 1905, première publication du manuel de judo et de jujitsu qui va  un temps concurrencer la lutte. On notera encore la présence des haltères de cirque au premier plan.
Ulysse serait le quatrième en partant de la gauche.

 

 autre carte populaire, le voici avec un enfant, qu'on peut supposer être son fils,


probablement  prénommé Samson

 On pense lire au verso de la carte:
"Cher frère, Cette carte qui j'espère te fera plaisir, pour te remercier, beaucoup car ça m'a fait bien plaisir. Sy tu avais besoin de quelque chose, écrit [sic] toujours et sy je peux je n'y manquerai pas. Au revoir. De toute la famille. U. Deriaz"

En marge:
"Tu verras que ton filleul n'a pas la frousse. [à l'envers] Je suis allé à Ambérieu hier. Le père est toujours le même. Maurice"



Reste encore que la carte postale familiale est adressée, Hôtel des Alpes-Maritimes à Nice à un certain John Deriaz? Serait-il le septième frère? ou bien n'est ce que le surnom d'un des autres, Jules par exemple, afin de le différencier du père, portant le même prénom. Aucun John ne paraît avoir laissé de trace dans les collections, même si celle de Jules est plutôt discrète.




Interrogé peu avant sa mort, en 1953, Desbonnet se souvient de ses premiers contacts avec la méthode japonaise. "Etant en Angleterre en 1905 pour arbitrer des exercices de force, je me rendis à mon club habituel et là, on me dit : "Vous êtes très fort, mais pourriez-vous venir à bout d'un petit homme de 50 kg ?" je ne pus m'empêcher de sourire. Devant mon scepticisme, on m'offrit de voir, de faire même un combat et on me conduisit au Bartisu-club. J'y vis deux petits Japonais, plutôt gringalets, et je me dis avec une grande satisfaction, pour ne pas dire suffisance, qu'avec 41 cm de tour de bras et le reste à l'avenant, je n'en ferais qu'une bouchée... Présomptueux que j'étais ! (.....) Fort de cette expérience, je désirais vivement présenter ce nouveau sport à Peris, et de l'enseigner dans mon école comme lutte de self-défense par excellence."
Desbonnet


 A son retour à Paris, Desbonnet contacte Ernest Régnier, un "bon petit lutteur de gréco-romaine, (...) gagnant difficilement sa vie". Je lui montrais quelques passes. Il accepta avec plaisir et partit pour Londres. Desbonnet met cette période à profit pour louer un trés beau local aux Champs-Elysées, le faire décorer luxueusement et préparer activement une intense publicité.
Après la victoire de Régnier, le succès dépasse les attentes : "immédiatement tout le high-life de Paris vint s'inscrire : le prinnce de Caraman-Chimay, le duc de Broglie, le prince Murat, le comte Grëhfulle, les artistes Coquelin, Albert Lambert, Mounet-Sully, les docteurs Dartigues, Pagès, Ruffier, le colonel Ferrus, les hommes les plus éminents des lettres, des arts, de l'industrie, etc."




Dranem s'en moque
 


phonoscène n°167 d'Alice Guy (première réalisatrice de cinéma)  on peut reconstituer tant bien que mal l’intégralité de ce « vrai jiu-jitsu »

 Pour remplacer la boxe française
On a pris la boxe japonaise
C’est très commode et plus connu
Ça s’appelle le jiu jitsu
L'autre' soir, j'chahute ta p'tite Hortense
Elle s'met en position d'défense
Elle m'dit tu voudrais m'faire tomber
Mais c'est ta gueule qui va trinquer.

Jiu-jitsu
Jiu-jitsu
V’là comm’ ça s’appelle
Et j’r’vois ta belle un coup de pied dans le ?-jitsu


M’trouvant chez des nobles respectables après un diner confortable
J’expliquais en gesticulant l’jiu-jitsu à une belle enfant
Voilà qu’soudain dans mes entrailles je sens comme le bruit d’une bataille
Si c’est les perles du Japon qui se battent avec les […]

Y a le mari de ma voisine
Qui veill’ la nuit dans son usine
Avec sa femme pendant c’temps-là
J’vais veiller pour qu’elle s’embête pas
Comme c’est la boxe sa préférence
Pendant qu’j’y en donnais une séance
L’mari rentre et m’dit, quèqu’ tu fais ?
Moi j’lui réponds en japonais.

Jiu-jitsu
Jiu-jitsu
V’là comm’ ça s’appelle,
L’soir à la chandelle,
J’lui apprends le jiu-jitsu



En 1907, la chanson de Marcelle Norcy témoigne de cette mode



Si tu veux faire la lutte japonaise
Il faut commencer par te mettre à l'aise,
Tout nu, c'est le propre du jiu-jitsu.
Tu saisis d'abord le poignet de l'adversaire et serre son cou
Un bon coup. Attends ce n'est pas tout!

Tache de saisir entre tes deux orteils
Le poil qui pousse au creux de ses oreilles
Et puis serre-lui le kiki.
D'une dent savante subtile autant qu'agile,
Choppes-y le pied, mords-lui le tendon d'Achille,
De l'autre dent, en même temps,
Bouffes-y la pomme d'Adam!
Un coup épatant, mais il faut de l'adresse
Tâche de lui prendre le nez entre tes fesses,
Ou bien trouve moyen de piquer le sien.
Au milieu du trou béant de son nombril,
Tandis qu
e d'un coup de pied tu lui fauches les cils,
Alors sans effort tu tomberas les plus forts!

Après cela tu le prends et tu le couches,
Tu lui introduis les pieds dans la bouche,
Et, pouf! s'il te les bouffe, ça l'étouffe.
Enfin, coupe lui ses dernières ressources,
En lui serrant les cordons de la bourse,
Et tu t'assieds dessus en criant: Jiu Jitsu!

Car il semblerait que la pratique ait eu surtout des succès auprès des femmes...

 Mais revenons aux frères Deriaz. Le plus célébré, après Maurice, pour les même qualités athlétiques (lutte et poids) fut sans doute

 Emile Deriaz



Il était réputé plus habile du bras gauche que Maurice.


Lequel devint rapidement glabre, et finit par se faire pousser les cheveux, ce qui boosta sa carrière aux Etats-Unis sous le pseudonyme du "Nouveau Samson"...



On prétend de ci de là qu'il posa également pour les artistes, entre autres ce Faune Barberini de la collection Desbonnet 


 J'aurais tendance à penser que sur cette dernière photo il s'agirait plutôt de son frère

Adrien Deriaz

 

Car Adrien, moins timide que les autres ou plus sûr de la prééminence de son aspect sur la simple force athlétique, semble le seul des frères Deriaz a avoir joué jusqu'au bout le modèle artistique



 au point d'en faire une spécialisation







et, artiste lui-même, de sortir des ateliers de peinture pour s'essayer au théâtre à des scènes poétique où son physique n'était plus l'unique attraction: Rêve d'artiste, dit la carte...




 Octave Deriaz

Que dire au delà de la légende de la carte du dernier de la lignée?






2 commentaires:

SNOOPY a dit…

magnifique article, bravo

SNOOPY a dit…

Salut Fred,

Je voulais juste te remercier pour le gentil message élogieux que tu m'a adressé, mais je ne trouve pas ton mail. En tout cas cela me touche et je n'en pense pas moins de tes blogs. amitiés
Snoopy