mardi, juin 12, 2018

Au suivant !

D'hôpital en hôpital, je commence à connaître la chanson. L'année où j'étais emprisonné pour suspicion de tuberculose imaginaire (les multiples examens étaient tous négatifs, on m'avait menacé pour que donne mon "consentement éclairé" de me retirer ma grand-mère centenaire que je soignais, et de faire piquer mon chat, certainement contaminé lui aussi.)
Et puis, avec un seul comprimé destiné à faire baisser l'urémie (causée par la quadri-thérapie contre la tuberculose, qui a accessoirement fait baisser de plusieurs dixièmes mon acuité visuelle) j'ai développé un syndrome de Steven Johnson : pour ceux qui ne savent pas, c'est un genre de choc anaphylactique qui provoque un gonflement des muqueuses et leur saignement continu -surtout les lèvres dans mon cas, et on me reprochait de tacher les draps-, la desquamation des plantes de pieds et des paumes des mains, -je vous passe les effets sur le sexe...- L'état était tellement spectaculaire que tous les allergologues venaient prendre des photos, et il doit y avoir quelques dizaines de portraits de moi à poil qui traînent dans les archives des CHU locaux.

J'avais pour voisin de chambre à l'époque un charmant dominicain à qui ses frères portaient des bouteilles de grands Bordeaux de la cave du monastère, que nous partagions allègrement la nuit venue. Il se souvenait très bien que la connasse qui me traitait avait assassiné, dans la même chambre de l'aile-droite du service des maladies infectieuses un de ses meilleurs amis l'année précédente. Je ne commettrai pas l'erreur de livrer son nom en pâture à ceux qui seraient heureux de s'en préserver, car plus tard, ses collègues médecins ou chef de service, après m'avoir fait croire qu'elle avait quitté l'hôpital, ont tenté de me persuader qu'il s'agissait d'une autre pétasse homophobe et que je me trompais de criminelle. Je me souviens très bien d'elle, en petite culotte sous sa blouse blanche, juchée sur ses talons hauts, de l'itinéraire qu'elle prenait sur le gravier des jardins de l'hosto pour rejoindre draguer ses étudiants à la cantine (ceux qu'elle envoyait pratiquer des ponctions sternales qui n'aboutissaient jamais parce que les mecs flippaient même quand j'étais d'accord. Ça c'était le matin-même de ma sortie, après qu'elle avait été confondue par le chef de service et qu'elle ait échoué à me convaincre de pratiquer une biopsie du foie).
Ce n'est pas du roman, non plus que les idées que j'ai nourries à l'époque de l'attendre derrière un buisson pour débarrasser le monde de sa nuisible personne. J'aurais dû porter plainte, mais contre ce genre d'autorité, le tort retombe toujours sur l'accusateur.

Aujourd'hui, les patients, âgés de préférence, meurent simplement dans les couloirs en attente de lits disponibles ; pour répondre à la crise sanitaire, les macronistes ferment encore plus de lits d'hôpitaux. La saleté et la décrépitude des locaux n'inquiète que les infirmières obligées de faire le travail des femmes de ménage absentes et d'appliquer les traitements de médecins étrangers (moins chers) dont elles ne comprennent pas les consignes.

En tant que frontalier, je peux maintenant me faire soigner à l'étranger. On pratique toujours à outrance les mêmes examens inutiles, dont tout le monde se fout à mesure qu'on monte les échelons qui en réclament de nouveaux, mais, avec les mêmes budgets les locaux sont nettoyés, le personnel est sympathique, les chirurgiens, sans dessous de table, paraissent plus compétents et moins je m'en foutistes. Ils n'ont pas la même obsession de renvoyer les patients en phase terminale mourir chez eux pour faire baisser les statistiques. Ils tentent de les faire survivre ! Je sais que je ne peux pas complètement leur faire confiance, mais, la nuit, toutes les portes des services ne sont pas fermés à clés, ce qui laisse un espoir en cas d'urgence, de déserter (première consigne de survie: en cas d'hospitalisation repérer immédiatement la cartographie des issues de secours, ne serait-ce que pour fumer une clope ou boire une bière, c'est ce que je faisais déjà en allant visiter ma mère à la maison de retraite.)

Je ne mange plus de viande (ça non plus n'est pas pris en compte dans les établissements français, ni les interdits confessionnels, ou juste catho alors!), je ne suis plus de la viande à torturer pour des expériences qui gonflent artificiellement les budgets et les fonds de roulement de vos morgues, et à la place des médicaments interdits, j'emporte dans mon sac un couteau en céramique que les détecteurs de métaux ne repairent pas.

Sans la pression des proches, je ne me soumettrai évidemment plus à ce type d'expérience, j'attendrai tranquillement la mort que la médecine comptable et numérisée me promet depuis une vingtaine d'année, sans résultat.
Mais, on n'est jamais libre de n'agir que pour soi dans la vie. Alors ?

Aucun commentaire: